L'EDITO DU 03/05/2010
France black, blanc, beur
« Les deux buts de Zinedine Zidane en finale de la Coupe du Monde ont fait bien plus contre le racisme que dix ans de politique d’intégration ».
Lors du mémorable été 1998, personne n’a pu passer à côté de cette fameuse doxa reprise en différents termes par les politiciens et autres observateurs pris dans la vague d’euphorie qui a traversé le pays. Cette victoire sportive a laissé place à un délire d’interprétations dont le message d’ensemble reposait sur l’illusion d’une nouvelle France multiraciale.
Souvenons-nous de cette ingénieuse invention journalistique : « France black, blanc, beur ».
Elle permit de décrire la soi-disante symbiose entre une équipe de France de football bigarrée et un peuple français réunit dans sa diversité. Plus de dix ans après cet évènement qu’un journaliste d’un quotidien français avait qualifié de « nouvelle révolution française », force est de constater que les analystes qui ont conclu hâtivement aux effets durables de la victoire des Bleus sur la société française, se sont depuis ravisés. Et c’est peu dire : il est désormais temps pour eux de stigmatiser la fracture entre l’équipe de France et son public. Lointaine est l’époque où les si célèbres « jeunes de quartiers », dont la caricature les veut en mal de reconnaissance sociale, étaient mis en avant dans les médias pour leur patriotisme sous prétexte qu’ils se réjouissaient du succès des Bleus, dans la mesure où ils participaient à la liesse populaire, ou bien encore car certains arboraient le drapeau tricolore.
Désormais, ces derniers appartiennent au camp des méchants, le camp des siffleurs de La Marseillaise, le camp des supporters algériens...marocains...tunisiens...Ils ne sont plus français. Ainsi les analystes qui ont affirmé en 1998 l’unité nationale, soulignent maintenant le malaise existant entre ces jeunes et les symboles de la République.
Fêter la victoire d’une équipe de football ou, à l’inverse, siffler un hymne national sont-ils des comportements à mettre en relation avec le degré d’attachement à la nation ?
Ne serait-il pas plus sage de considérer ces agissements comme de simples réponses à un phénomène de groupe, une envie de rompre avec un quotidien routinier, un désir puéril de se faire remarquer, un besoin d’exister en faisant parler de soi dans les médias ?
Si nous étions en mesure de donner un conseil aux observateurs, nous nous contenterions de les inviter à s’intéresser à ce public de plus près, à ne pas se contenter de prêter des raisons d’agir, des croyances à partir de comportements observés, d’images. Pour éviter à ces derniers d’avoir une analyse manichéenne des évènements, nous les inviterions à rencontrer « ceux qui font le football » et d’opter pour une vision par le bas. Les mécanismes que sont le patriotisme ou le rejet de la nation se nouent « en bas » : un travail d’enquête digne de ce nom passerait par un détour du côté du football amateur dont les acteurs sont le reflet du public populaire des Bleus. Les bénévoles, les joueurs des équipes de quartiers, les enfants des écoles de football, les supporters du match du dimanche, font et défont les stars de l’équipe de France incapables d’offrir un spectacle décent sans le soutien de cette base.
K.S.
Lors du mémorable été 1998, personne n’a pu passer à côté de cette fameuse doxa reprise en différents termes par les politiciens et autres observateurs pris dans la vague d’euphorie qui a traversé le pays. Cette victoire sportive a laissé place à un délire d’interprétations dont le message d’ensemble reposait sur l’illusion d’une nouvelle France multiraciale.
Souvenons-nous de cette ingénieuse invention journalistique : « France black, blanc, beur ».
Elle permit de décrire la soi-disante symbiose entre une équipe de France de football bigarrée et un peuple français réunit dans sa diversité. Plus de dix ans après cet évènement qu’un journaliste d’un quotidien français avait qualifié de « nouvelle révolution française », force est de constater que les analystes qui ont conclu hâtivement aux effets durables de la victoire des Bleus sur la société française, se sont depuis ravisés. Et c’est peu dire : il est désormais temps pour eux de stigmatiser la fracture entre l’équipe de France et son public. Lointaine est l’époque où les si célèbres « jeunes de quartiers », dont la caricature les veut en mal de reconnaissance sociale, étaient mis en avant dans les médias pour leur patriotisme sous prétexte qu’ils se réjouissaient du succès des Bleus, dans la mesure où ils participaient à la liesse populaire, ou bien encore car certains arboraient le drapeau tricolore.
Désormais, ces derniers appartiennent au camp des méchants, le camp des siffleurs de La Marseillaise, le camp des supporters algériens...marocains...tunisiens...Ils ne sont plus français. Ainsi les analystes qui ont affirmé en 1998 l’unité nationale, soulignent maintenant le malaise existant entre ces jeunes et les symboles de la République.
Fêter la victoire d’une équipe de football ou, à l’inverse, siffler un hymne national sont-ils des comportements à mettre en relation avec le degré d’attachement à la nation ?
Ne serait-il pas plus sage de considérer ces agissements comme de simples réponses à un phénomène de groupe, une envie de rompre avec un quotidien routinier, un désir puéril de se faire remarquer, un besoin d’exister en faisant parler de soi dans les médias ?
Si nous étions en mesure de donner un conseil aux observateurs, nous nous contenterions de les inviter à s’intéresser à ce public de plus près, à ne pas se contenter de prêter des raisons d’agir, des croyances à partir de comportements observés, d’images. Pour éviter à ces derniers d’avoir une analyse manichéenne des évènements, nous les inviterions à rencontrer « ceux qui font le football » et d’opter pour une vision par le bas. Les mécanismes que sont le patriotisme ou le rejet de la nation se nouent « en bas » : un travail d’enquête digne de ce nom passerait par un détour du côté du football amateur dont les acteurs sont le reflet du public populaire des Bleus. Les bénévoles, les joueurs des équipes de quartiers, les enfants des écoles de football, les supporters du match du dimanche, font et défont les stars de l’équipe de France incapables d’offrir un spectacle décent sans le soutien de cette base.
K.S.